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> « Dépendance physique : intimité et sexualité »

 

 

Ce colloque était organisé conjointement par Handicap International, la CHA (Collectif Handicap et Autonomie), l’AFM (Association Française contre les Myopathies), et l'APF (Association des Paralysés de France). Un tel accord montre l'urgence qu'il y a désormais à réaliser et à encadrer l'accompagnement sexuel en France, en s’inspirant de ce qui est déjà fait dans certains pays européens, avec des interventions d’italiens, de suisses, d’allemands, de belges, d’hollandais… Il apparaît urgent de créer aussi dans notre pays  un véritable statut d’assistant(e)s sexuel(le)s avec une rémunération, sans que ces actes ne soient assimilés par la loi à de la prostitution. C’est le 1er colloque européen fait par des personnes handicapées, pour des personnes handicapées sur cette thématique.

 

I-        1ere Journée

 

Marcel Nuss (fondateur de CHA), qui est à l’origine de ce colloque a commencé par son témoignage personnel émouvant de sa vie de jeune homme polyhandicapé qui découvre les premiers émois sexuels en institution. Il parle de ses hontes et frustrations sans pudeur pour la première fois de sa vie. Il nous a confié les « viols involontaires » de son intimité. La dépossession de son propre corps par le corps médical, trop souvent féminin qui ne le considère uniquement comme un être asexué. Depuis, il s’est marié à deux reprises, il est le papa de deux enfants. Il a voulu ce colloque non pas pour lui, qui a une vie sexuelle épanouie, mais pour tous ceux qui vivent une véritable misère sexuelle imposée par le handicap. Nous  vivons dans  une société ou l’apparence physique, les performances sont de mise, où il faut rentrer dans les normes. 

C’est Catherine Trotmann (députée européenne), devant une salle remplie de 250 personnes, dont  une cinquantaine en situation de handicap a prononcé son discours. Elle a rappelé qu’en cette année 2007, année européenne de l’égalité des chances que  ce problème de la sexualité des personnes lourdement dépendantes reste encore malheureusement extrêmement tabou. Que tout ce qui est pensé pour une personne handicapée va aider toute la société. Il ne faut pas découper la personne par handicap, mais la prendre dans sa globalité. La question du désir est partagée par tous et nous avons tous les mêmes besoins handicapés comme valides. Il y a trop de « non dit » autour de l’intimité et la sexualité des personnes en situation de handicap. C’est la première fois que dans cet hémicycle l’on parle sans tabou de désir ! Il ne faut plus enfermer la sexualité uniquement dans les familles concernées, ce qui a amené à des stérilisations  de femmes handicapées mentales. Même les textes officiels font peu de place à ce domaine essentiel de la vie de la personne handicapée. Il y a que 3 établissements hospitaliers en France qui parlent de sexualité aux blessés médullaires hommes, mais aucun pour les femmes !

Pascale Ribbes pour l’APF, il y a vingt ans on n’osait même pas se poser la question de l’accompagnement érotique qui pourrait  s’inscrire maintenant dans la loi du 11 février 2005 dans le cadre de la compensation du handicap.  Pour l’APF il n’y a pas de tabous puisqu’elle a ouvert des espaces de réflexion éthique, des groupes de parents, de professionnels… Pour l’ONU en 1993, c’est un droit fondamental et on ne peut donc pas l’interdire aux personnes handicapées. Le conseil d’administration de l’APF, envisage de faire un état des lieux des bonnes pratiques. La réponse sera individualisée au regard de ce qui est pratiqué dans les autres pays. 

Pour l’AFM représentée par Claude Clunin, tant que le ministre de la santé sera rattaché au handicap il faut prendre garde ne pas tout assimilé aux soins. Il faut arrêter le tabou franco-français par rapport aux pays nordistes ou la sexualité ne regarde que les intéressés consentants.

Le Collectif handicap et autonomie représenté par Karim Felissi, pense qu’il suffirait de mettre en place un statut, de définir une rémunération, une formation pour arriver à en faire une profession à part entière. Il ne faut plus considérer les personnes handicapées comme des anges asexués, des sous êtres ou encore des êtres d’un 3ième type, en les condamnant  à un vœu de chasteté obligatoire. Si un établissement ou une personne dans son domicile,  fait appelle à une tierce personne pour les assister sexuellement  il prennent le risque d’être poursuivis pour proxénétisme. La solution serait d’imposer la sexualité  à la MDPH dans le cadre de leur projet de vie de la compensation du handicap, dans le cadre de la loi du 11 Février 2005.

Florence Thune représente de l’association Handicap International, a mis en place son programme AVAS (Accompagnement  Vie Affective et Sexuelle). Celui ci  consiste pour des adolescents comme pour des adultes de prises de parole pour arriver à mieux dire « non » ou « oui » en écoutant son corps. Ils ont installé 3 chambres en institution pour préserver l’intimité des résidents.

Pour Jacques Waynberg, sexologue et président de l’institut de sexologie, il n’y a jamais eu d’enquête française, européenne ou mondiale sur ce thème. Il y a peu de temps, il y a bien eu une enquête commandée par l’INSERM sur la sexualité des français, mais bien sûr sans intégrer les personnes handicapées. Notre société a été bousculée par le mariage homosexuel et le SIDA ce qui a abouti à un repli des mentalités. Si l’aide à la procréation semble facilement acceptée, il n’en est pas de même pour l’aide à l’érotisme et à la jouissance qui restent  encore taboues en France. Pourtant pour procréer, il faut bien avoir une sexualité que l’on soit valide ou handicapé !

Marcel Nuss demande lui, de mettre au point un accompagnement érotique et sexuel dans les 2 années à venir, afin d’être en France au même niveau que certains pays du nord de l’Europe comme la Hollande, la Suisse, la Belgique. Chez nous l’adoption est impossible pour un couple ou l’un des deux a une maladie évolutive et pour l’insémination artificielle  il faut aller à l’étranger. En France, les choses se font mais ne se disent pas, où des professionnels ont pris le risque de mettre au grand jour des pratiques cachées. A quand, en France un procès médiatisé avec un directeur de structure inculpé de proxénétisme parce qu’il a permis l’accès de son établissement à une prostituée ? La loi de 2005, qui parle pourtant de compensation du handicap, mais ne dit rien sur la sexualité. On y parle pourtant du droit à l’intimité mais pas à la sexualité.

Delphine Seigrit parle surtout des femmes. Les personnes en situation de handicap ont un sexe et ne sont pas des anges, même si nous avons besoin d’assistance pour les gestes de la vie courante nous sommes des adultes avec souvent un manque d’estime de soi.

Nina De Vries, accompagnatrice sexuelle passe un film avec elle tourné en 2000, en la montrant dans l’exercice de ses fonctions. En Suisse, elle pratique des massages sensuels et érotiques. Elle donne des conseils à la masturbation pour les personnes qui en sont demandeuses.

 

Au fil de cette 1ère journée, deux comédiens ont ponctué les interventions par des improvisations  parfois hilarantes, humoristiques, ou émouvantes.

 

II - 2ième journée

 

Ateliers :

1°) Femmes handicapées et sexualité :

Pour les femmes handicapées les rencontres englobent le plus souvent aussi le coté affectif. Elles font un lien étroit entre la sexualité et le désir de maternité. Elles ont parfois des problèmes avec les auxiliaires de vie et l’intimité nécessaire au couple (problèmes entre le conjoint et les aidants). Elles ont besoin de se réapproprier leur propre corps, de bénéficier d’une éducation sexuelle,  au moins une consultation avec un gynécologue (surtout en institution). Elles constatent souvent que leur handicap est un frein à la séduction avec les hommes non handicapés.

2°) Hommes handicapées et sexualité :

Les hommes handicapés portent le poids de la représentation sociale, avec la banalisation des films érotiques qui prônent  le mythe de la performance sexuelle. L’importance grandissante de la société sur la dimension esthétique du corps masculin. Ils souffrent aussi d’un manque d’estime de soi ont eux aussi besoin d’affection.

3°) Conjoint(e)s partenaires valides et sexualité :

Le couple « handicapé/valide » est souvent fusionnel au début et la personne valide subit le regard des autres (sacrifice, dévouement, pitié…). La personne valide a tendance à vouloir materner la personne handicapée. Cela semble plus facile pour un homme handicapé d’être avec une femme valide que le contraire. Le regard sur le valide est souvent plus dur que celui sur l’handicapé. Il est à déplorer par certains couples qu’il ne soit pas possible de cumuler les aides financières pour éviter les aidants. Il y a des cas de maltraitances allant parfois jusqu’à la violence. C’est pour éviter cela qu’il faut penser à mettre en place de groupes de parole de conjoints. Avant tout il faudrait éviter la double fonction : aidant/aimant. 

4°) Intimité et sexualité en institution :

En institution, il semble primordial de préserver l’intimité et le secret professionnel au sein de l’établissement. Il est important d’aborder la question de la sexualité surtout avec les adolescents. Il semble nécessaire de créer des temps de formation et des espaces d’échanges pour les professionnels, les résidents et leurs familles. Il faudrait au minimum un lit double dans chaque structure et surtout ne pas confondre la fonction de soignant et d’aidant avec celle d’accompagnement  sexuel et érotique. 

5°) Les aidants face à la sexualité de la personne accompagnée :

Ils ont souvent des difficultés pour trouver leur place, car la sexualité de leurs patients les renvois à leur propre sexualité. L’accord parfait, serait lorsqu’il y est une écoute attentive. Il ne faut jamais penser pour l’autre !

6°) Assistance érotique ou sexuelle :

Il est urgent de trouver un statut juridique, de former des assistantes et assistants  en fonction des orientations sexuelles de chaque personne. Les parents se sentent désarmés face aux besoins de leurs enfants et c’est eux qui font appels à des prostituées pour leur enfant. La sexualité ne doit pas être réduite à une pathologie. L’assistance sexuelle, ne devrait ne plus être assimilée à la prostitution, mais bénéficier d’un véritable cadre juridique.

7°) Sexualité virtuelle (nouvelles technologies, Internet, téléphonie…) :

Ce sont des moyens modernes d’intégration sociale et sexuelle ainsi qu’un moyen d’échanges et d’évasion. Il n’y a pas de discrimination car les relations au départ ne se font pas sur l’apparence physique. Ces nouvelles technologies créent un cheminement possible vers une rencontre. Mais internet ne remplacera jamais des câlins ni des caresses. De plus il y a un risque de rencontrer des pervers qui peuvent profiter des faiblesses de la personne handicapée qui a un grand besoin d’affection.

8°) Education au fil de la vie :

La relation au corps change au cours de la vie. Les besoins évoluent aussi avec l’âge. Il faudrait sensibiliser les parents aux problèmes de leurs enfants liés à la sexualité pour les faire évoluer vers un concept de normalité. Les solutions seront individuelles et sociales.

 

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